Fleur de "pfue-kan", arbre de la Paix

Publié le 30 Mars 2011

Jardin-3897.JPGDepuis plus de 10 ans j'ai dans mon salon un "pfue-kan" dont les boutures viennent de Baham et Bafoussam, Ouest du Cameroun, province bamilikée.

Un Dracena sanderiana.

 

Et surprise cette semaine, il fleurit.

 

Cette plante est la plante des femmes qui ont eu des Jumeaux, les  "Magnes";.. et c'est la plante de la Paix.

 

 

   

J'ai voulu en savoir plus scientifiquement et rien de mieux que de demander à mon ami Athanase Bopda qui est justement en France en ce moment.

  

La réponse de Athanase a été rapide, je vous la donne "en partage" (comme il dit):

 

 

Les dracenas sont arbres de la paix en pays bamiléké et dans toute l'Asie tropicale c'est à dire, pour plus d'un milliard de femmes, d'enfants et d'hommes. Et en pays bamiléké, c'est le privilège et le partage par excellence des pères (tékû"), mères et autres parents de Jumeaux ('mhak") !

"pfuekan" peut se décrypter de plusieurs manières

par exemple:

"pfue"
: écrouler, détruire, défaire, déconstruire, destruction, défection et,
"kan" : battant (ce qui permettait de fermer la porte coulissante traditionnelle  bamiléké), fermer, fermeture, barrière; ...

"pfue-kan" signifie donc soit "destructeur de fermeture", de barrière, d'exclusion, d'obstacle à la rencontre, à l'entente, soit un ordre en mode impératif et sans appel: "Détruis ce battant coulissant de porte qui nous coupe les uns des autres"; "supprime cette barrière qui sépare et surtout qui oppose les gens"!!

Voilà tout le sens authentique et profond de ce symbole végétal d'interpellation impérative à faire la paix et à aider plutôt à la rencontre et l'entente. C'est ainsi qu'on qualifie le dracena d'arbre de la paix en français, "'peace bambu' en anglais. Il en existe une multitude de variétés.

 

Utilisées dans les haies vives, elles en anhilaient symboliquement la violence mentale d'instrument de fermeture et même d'exclusion ! A ce titre le dracena a atteint une dimension religieuse et une fonction au mieux spirituelle et au pire, diplomatique. C"est l'équivalent du drapeau blanc de d'autres civilisations!

Cette plante dont une mékû (mère de jumeaux) s'armait toujours dans ses déplacements pour exprimer ostentatoirement  à tous qu'elle était contre la guerre, contre la division, en tradition bamiléké fondamentale, Chez les peuples dits "bamiléké", les mékû étaient  les servantes instituées par la providence en toute liberté comme  "dévouées de la promotion de la paix"; des pacifistes par nature et par devoir.

Pour se livrer à la guerre, les hommes devaient leur cacher les lieux de combat et surtout les en éloigner systématiquement. Sinon, dès qu'elles apparaissaient sur un champ de bataille armées de leurs seuls rameaux de "pfue-kan" et s'interposaient systématiquement entre les armées ou les camps en guerre, ceux-ci devaient, non seulement cesser les combat mais surtout, ne repartir qu'après avoir dûment négocié et accepté sincèrement la paix !

                                                                        Pr. Athanase Bopda.


                                           "Pour un monde en partage et non en division" 

 

 

  

 

Rédigé par Fanal Safran

Publié dans #Humanistes

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MicheLLe 03/04/2011 07:58



Waouh.....magnifique


merci de ce partage


Cette plante est extraordinaire...elle s'est bien acclimatée chez toi



Fanal Safran 03/04/2011 17:36



J'ai deux sortes de dracaenas l'un dont la bouture venant de Manaus nous a été donné par une thésarde il y a longtemps et qui a fleuri aussi. Et le pfeu-kan qui vient de Bafoussam, ouest du
Cameroun. Lumière voilée mais pas à l'extérieur. Le symbole de paix est formidable, c'est vrai.  



eva 02/04/2011 23:18



Je ne connaissais pas cette fleur ! beau symbole !



Fanal Safran 03/04/2011 17:27



Oui... et sais-tu que les femmes ayant eu des jumeaux, donc les "Magnes" peuvent assister aux réunions du village pour les décisions à prendre pour chaque village. Ce sont des sages les bamilékés
et ceci déjà bien avant la colonisation. Leur société a toujours été très organisée socialement.


Bises Eva.


Dany



kosok 02/04/2011 23:17



Comment se fait-il que tu connaisses si bien tout cela? (Je suis curieuse n'est-ce o=pas mais tu m'épates!)



Fanal Safran 03/04/2011 17:24



Pour moi, séjour de 15 ans au Cameroun déjà... Athanase était déjà de nos amis et devait avoir passé son DEA de géographe et préparait sa Thèse sur l'urbanisation à grande échelle des villes
d'Afrique. Il m'a offfert son livre "Yaoundé et le défi camerounais de l'intégration" quand il était encore membre de l'UMR Géographie-cités à Paris etc, tout en étant maitre de recherche à
Yaoundé. Il est de bons conseils et les mails nous facilitent les échanges de photos et Savoir. C'est de son livre que j'ai pris cette phrase "pour un monde en partage et non en division".


Ensuite j'ai toujours aimé apprendre les langues locales pour faire mes marchés, courses diverses partout au cours de mes pérégrinations. Un peu de bamiléké de Baham et de Bafoussam, de Haoussa à
N'gaoundéré, de pinging pour partout en Afrique.


La fleur du pfue-kan s'ouvre tout doucement vers 18h00 pour toute la nuit. Le parfum est fort.  Ce sont donc des insectes de nuit qui doivent la féconder.


Pour les orchidées... je suis du groupe Poitou-Charentes-Vendée de la SFO. ma première rencontre avec ces "Janus à deux visages" comme disait jean-Marie Pelt, c'est à St Denis de la Réunion.
L'ami qui est arrivé à l'aéroport pour me chercher, m'a passé sa voiture et m'a dit "c'est la dernière journée de l'expo orchidées, il faut que tu y ailles". Ah les amis ! C'était si immense
et splendide ! et l'orchidophilie est contagieuse.. tu as bien commencé aussi  


Bises


Dany


 



kosok 01/04/2011 21:30



C'est une plante merveilleuse dont il faudrait innonder le monde de  boutures...Tu ne penses pas ? Quelle belle histoire, merci Dany


 



Fanal Safran 02/04/2011 01:54



Oui, mais connaissant bien ce peuple bamiléké à l'ouest du Cameroun, je peux te dire qu'ils sont plein de sagesse. De plus ils ont dans leurs valeurs celles du travail et dcelle e l'économie.
Comme bien des peuples qui ot été pourchassés, ils vivent dans la montagne, les femmes cultuvent absolument tout et les hommes construisent les maisons solides avec un toit en charpente ronde et
solide tout autant. Toute femme a sa maison construite par son mari, ou il y a les enfants et une maison par lieu de ses plantations. Des bosseurs. http://www.souvenirducameroun.com/productssimple13.html


Bises à toi


Dany



virjaja 01/04/2011 10:04



j'apprends, et je découvre la fleur! merci Dany. gros bisous. ctahy



Fanal Safran 01/04/2011 10:30



Bonjour Cathy,


C'est rare de le voir en fleur, même "au village" comme on dit je n'en avais pas souvent vu. Mais les boutures prennent aussi très bien. On les laisse dans de l'eau quelques jours et on a plein
de racines.


Pour le mien, je luis avis mis du terreau à orchidées au pied au dessus de son terreau à lui, il a du aimer.


Je t'embrasse.


Dany